Après les annonces d’Edouard Philippe, pourquoi la lutte continue ?

Ce mercredi 11 décembre 2019, le gouvernement à travers la voie de son premier ministre Edouard Philippe a rendu sa copie sur leur projet de réforme des retraites. Malgré quelque « reculades », leur architecture reste celle annoncée et ne correspond en rien à ce que nous défendons. La lutte continue et notre détermination reste intacte. Retour sur les annonces faites…, 

Tout d’abord sur un système « universel » par point, le gouvernement ne change rien. Nous continuons à lutter contre le régime par point. Notre système par répartition est basé sur la solidarité. Chacun cotise selon ses moyens et des mécanismes de solidarité permettent de reverser une part de nos cotisations vers les salariés les plus touchés par la précarité (notamment les femmes) à travers le chômage, les temps partiels…Avec la retraite par point, fini la solidarité, chacun cotise pour lui-même et s’il ne peut qu’acheter que peu de points et bien tant pis !!!! Nous continuons à défendre l’existence de régimes spéciaux qui permettent la reconnaissance de spécificité de certains métiers. On nous annonce une contribution supplémentaire de 2.8% pour les salaires au-delà de 120 000 € annuel, plafond de revenus contributif à la retraite, pour financer les mécanismes de solidarité. Alors qu’actuellement le plafond était d’environ 300 000€ annuel, cela aura pour effet de priver les caisses de retraite de cotisations puisque les taux de prélèvement sur les revenus sont d’un peu plus de 28%!!!! Enfin, alors qu’actuellement la pension est calculée sur les 6 derniers mois dans le public et les 25 meilleurs années dans le privé, ce mécanisme de point qui prendra en compte toute la carrière, y compris les périodes les plus précaires, va mathématiquement baisser le niveau des pensions.

Sur l’âge de départ, il reste à 62 ans mais maintient l’âge pivot à 64 ans, âge qui pourra évoluer pour prendre en compte l’évolution de l’espérance de vie. Là-aussi, l’une des grandes arnaques du projet. En effet, en partant à 62 ans, cela veut dire accepter une décote pouvant aller, dans un premier temps, jusqu’à 10% de votre pension et ce définitivement !!!!! Alors que le niveau des pensions en France s’effondre par rapport au coût de la vie, que la précarité chez les seniors explose (lire l’étude récente sur ce lien), cela poussera la plupart des salariés à partir à 64 ans et donc repousser de facto l’âge de départ. Lorsqu’on sait que l’espérance de vie en bonne santé est de 63,4 ans pour les hommes et prêt de 65 ans pour les femmes, comment doit-on interpréter cela ? Ils veulent qu’on crève au boulot !!!!! Et sur l’universalité, avec un écart de cette même espérance de vie en bonne santé de 7 ans entre hommes cadres et hommes ouvriers et prêt de 3 ans entre femmes cadres et femmes ouvrières, où est l’universalité et la solidarité dans un même âge pour tous ?

Mais allons-y sur la pénibilité…Le gouvernement annonce l’extension au public des comptes pénibilité. Pour en savoir plus sur ce dispositif, nous vous invitons à lire l’article suivant. Comme vous le verrez, cela est loin de répondre à nos demandes et va surtout remettre en cause les pénibilités des régimes spéciaux.

Sur la valeur du point retraite, on nous présente une garantie de non-baisse de la valeur des points acquis… Donc pas de garantie de maintenir la valeur du point à la hausse sur l’ensemble de la carrière !!!! Après, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. En cas de crise financière, comme en 2008, qui peut croire que le gouvernement ne sera pas tenter de baisser ce point ?

Sur le minimum retraite à 1000 € pour une carrière complète, 1000€ pour 43 ans de travail !!!! De qui se moquent-ils !!!!! Comment vivre de nos jours avec 1000 € ?

Enfin, la réforme ne s’appliquerait qu’à la génération 1975. Quel cadeau!! Briser la solidarité intergénérationnelle, voilà un beau projet de société. Là-aussi pas compliqué de comprendre que dans quelques années ils reviendront dire que le système est déficitaire (il faut dire qu’avec tous les cadeaux faits aux grandes entreprises) et qu’ils ne peuvent plus tenir cet engagement !!!!

Définitivement tout est à jeter dans cette réforme. Alors que le chômage des seniors explosent, quel sens donner au fait de vouloir nous faire travailler plus longtemps ? Pourquoi parler de régime universel sous couvert d’équité alors que le travail n’est pas le même pour tous en terme de pénibilité? Pourquoi pousser les hauts revenus à aller vers les retraites par capitalisation ?

Leur projet est clair : la précarité généralisée pour l’immense majorité de la population et un enrichissement sans fin pour leur caste !!!!

Nous n’accepterons jamais ce projet de société. Nous défendons une société solidaire, basée sur une juste répartition des richesses permettant à chacun de vivre normalement et profiter pleinement !!!!!

Alors pour la sauvegarde de notre retraite par répartition, tous dans la rue le 12 et 17 décembre d’ores et déjà !!!!!

Vous trouverez également ici les éléments de d’analyse de la CGT

Eléments de décryptage suite au discours du 1er minist…

Et pour ceux qui doutent encore, nous vous joignons quelques témoignages de salariés mobilisés le 5 décembre montrant l’intérêt d’être de plus en plus nombreux à lutter pour ns retraite et plus largement pour une société juste et solidaire.

« Pour qu’on soit reconnus »

Claire, 32 ans, pompier dans les Alpes-Maritimes

Si je manifeste aujourd’hui, c’est pour qu’on soit reconnus comme une profession à risque, ce qui changerait nos conditions de retraite. On souhaite aussi plus d’effectifs, car ils ne font que baisser. Et comme les médecins quittent les campagnes, il devient de plus en plus difficile de faire appel à SOS Médecins par exemple, alors c’est nous qu’on appelle.

Aujourd’hui, quand on porte secours aux victimes, 80% de nos interventions sont pour des problèmes qui ne devraient pas être de notre ressort. Dans ces cas là, on envoie les gens aux urgences, ce qui engorge ces services aussi.

« On proteste contre un tout »

Romain Rozat, 37 ans, prof de maths en lycée à Paris

Cette réforme des retraites est le déclencheur qui nous pousse dans la rue, mais on proteste contre un tout. En premier lieu, la réforme des programmes de l’année dernière, qui n’est toujours pas passée. C’est la catastrophe pour les élèves : en spécialité mathématiques, il n’y a plus de choix de difficulté. Ça veut dire que tous les élèves doivent suivre des cours de niveau S, et même plus. Et comme ils savent que la sélection se fait par les mathématiques, ils sont nombreux à se sentir obligés de prendre cette option.

Le problème, c’est qu’avec les modalités de contrôle continu qui sont en place, ils vont avoir un mauvais dossier pour accéder à l’enseignement supérieur. On ne peut pas faire grand chose, puisqu’il y a une baisse de la dotation horaire, et plus de demi groupes. Résultat, on regarde les élèves se noyer avec l’impression d’être un boucher.

« Contre la réforme, mais pas seulement »

Serge Wattelet, 59 ans, postier à Sartrouville

Je manifeste contre la réforme des retraites, mais pas seulement. Nous avons vécu un bouleversement de notre métier. J’étais heureux et fier de rentrer à La Poste en 1982, mais c’est de moins en moins une fierté d’être postier.

Aujourd’hui, ce n’est plus un service public. On travaille beaucoup avec des précaires et la qualité s’en ressent. Avant, on préparait sa tournée de courrier, et on le distribuait. Aujourd’hui, les tâches sont séparées et mécanisées, on a l’impression qu’on nous confisque notre métier. Et avec la répétition des mêmes gestes, on voit apparaître des problèmes de santé.

« Pour montrer la pénibilité de mon métier »

Wahid Chouchane, 29 ans, technicien Enedis à Paris

Quand j’ai signé mon contrat, je devais partir à la retraite à 55 ans. Aujourd’hui, c’est 62 ans. Mais dans mon métier, on ne connait pas les intempéries ! Qu’il grêle, qu’il vente, qu’il neige, on va dans la boue, dans les champs, pour réparer les lignes électriques. La seule chose qui peut nous arrêter, c’est la foudre.

Dans l’agence où je travaillais avant, trois de mes collègues les plus âgés sont décédés avant d’avoir atteint l’âge de la retraite. C’est pour ça que je manifeste, pour montrer la pénibilité de mon métier, c’est usant. Mais ceux qui nous dirigent ne connaissent pas la valeur du travail et de l’argent, ils n’ont pas les mains dans la merde comme nous.

« Pour notre droit à manifester »

Harold Herrou, 25 ans, kinésithérapeute à Nantes

Je suis venu avec mon maillot (du FC Nantes) car les policiers m’ont pris mon gilet jaune quand je manifestais la semaine dernière. Aujourd’hui je ne manifeste pas que pour les retraites mais aussi pour les pompiers, les infirmières, pour les gens qui dorment dans la rue alors que l’évasion fiscale bat son plein. C’est aussi pour notre droit à manifester, et parce que dans mon entourage, les gens ne se sentent pas concernés.

« Nos anciens se sont battus »

Georges Miath, 56 ans, salarié d’une société d’ascenseurs à Paris

Je défile pour défendre nos conditions de vie qui se dégradent. Entre la compression de la masse salariale et le manque de personnel, on nous demande de faire plus avec moins, on n’est pas récompensé. Et pendant ce temps, le coût de la vie augmente !

Nos anciens se sont battus pour qu’on ait des meilleures conditions de vie, du sang a coulé mais tout se délite : par respect pour eux, et pour garantir un meilleur avenir à nos enfants, on se doit d’être là. Sinon, à quel âge partiront-ils à la retraite, 70, 75 ans ?

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