Homélie pour MONTCHALIN

Petit portrait de la ministre de la « transformation de la fonction publique »…

Les marcheurs intrépides et autres zélotes de la start-up nation et de la réforme de l’administration ont trouvé en la personne d’Amélie leur sainte patronne.

S’il est vrai qu’en ces temps de pandémie, de crise économique et écologique conjuguées, les esprits fragilisés peuvent succomber aux plus sombres prophéties apocalyptiques, il n’empêche que dame Montchalin est bien la grande intendante d’un enfer plus connu dans l’ici-bas, sous l’appellation lénifiante de « transformation de la fonction publique ».

Toujours enclins à prendre pour argent comptant les éléments de langage de l’exécutif, des commentateurs distraits avaient cru devoir créditer le résident de l’Élysée d’un repentir sincère quand il chantait, au plus fort de la pandémie (saison 1),  les louanges des services publics et exaltait avec un lyrisme quasi séguélien le retour des « jours heureux », en référence à ce programme du CNR, que ses donneurs d’ordre s’emploient pourtant à déconstruire méthodiquement depuis plusieurs décennies. Il est vrai que ces mêmes belles âmes promettaient dans leur grande cécité une éclipse du modèle néolibéral et des ses variantes européennes sans grand discernement.

Hélas de retour, les jours maussades gros d’incertitudes quant à la durée et l’acuité de la crise sanitaire sont de surcroît placés sous le signe de la reprise de l’agenda frénétique de la contre-réforme macronienne. Loi de transformation de la fonction publique, plan de « relance » fallacieux qui persévère dans l’impasse de la politique de l’offre, loi portant sur la réforme de la retraite par répartition, réforme de l’allocation-chômage , en attendant, passé le délai de décence obligé, de nouvelles exhortations  en faveur de la résorption à marche forcée de la dette  sociale engendrée par la crise sanitaire : le paysage s’assombrit à mesure que la société s’enfonce progressivement dans la crise sociale et économique, avec à la clé son cortège de plans sociaux en cascades.

Si l’on avait besoin de se persuader que le cap économique du quinquennat Macron demeurait inchangé, la nomination de Madame Amélie de Montchalin, au ministère de la « transformation de la fonction publique » en est la confirmation irréfutable. Pire, on doit se préparer à une mise en œuvre des dispositions de la loi éponyme au pas cadencé.

Le profil de ladite dame est à cet égard des plus édifiants !

Née Bommier, 35 ans, diplômée de HEC et de la Kennedy School de Harvard en politiques publiques, marquée par un enseignement dédié à la « public choice theory » postulant une régulation de l’état par la mise en concurrence, Montchalin -petite fille d’agriculteurs- est issue, d’un milieu de hauts cadres du privé, papa ayant œuvré chez Elf, Danone et Coca-Cola. La jeune Amélie, fera ses classes en qualité d’« économiste junior » chez BNP Parisbas, avant de rejoindre Axa en 2014 où elle sera chargée de la « prospective et du suivi des politiques publiques », version euphémisée de la stratégie d’influence de l’entreprise à l’endroit des décideurs publics. Ex-députée de l’Essonne LREM, elle avait été nommée secrétaire d’état aux affaires européennes suite au départ forcé de Nathalie Loiseau, avant d’hériter de ce portefeuille stratégique de la Macronie.

De ce profil très typé, on se bornera à constater que sa parfaite maîtrise des dispositifs du management privé est inversement proportionnelle à sa culture administrative et sa connaissance de la machinerie étatique plutôt lacunaire. Le ton est ainsi donné, c’est par le saint esprit du management privé que nos administrations publiques s’engageront sur le chemin de leur modernisatrice rédemption, avec à la clé les externalisations de mission requises vers le marché si naturellement rationnel et la précarisation croissante de l’emploi public, jusqu’à extinction d’un statut, honni par les amateurs d’agilité et de flexibilité. Place aux managers venus du privé, tremblez chefs de bureaux, sous-directeurs et directeurs, la sphère publique sera désormais la terre de mission des agents contractuels haut de gamme issus du privé et frottés aux pires méthodes de sa gouvernance. Quant aux personnels sous statut, ils verront bientôt arriver par vagues successives une armée de contractuels de catégorie C, corvéables et jetables à merci !   Le vent dévastateur de la mise en concurrence de tous contre tous va faire trembler les colonnes du temple pour consacrer un programme qui mériterait, sous couvert de libération « de la créativité et des énergies » d’être intitulé « les jours sombres » !

Infortunée soutien de l’ex « meilleur d’entre-nous » Alain Juppé aux primaires de la droite, Montchalin n’aura eu de cesse lors de son ralliement à la Macronie de batailler pour la réduction de la fiscalité sur le capital et la fin de l’ISF jusqu’au vote décisif de la loi de finances pour 2018.

Si les députés de LREM les plus dociles la décrivent, non sans flagornerie, comme « vive, mesurée et efficace », d’autres moquent son « autoritarisme », son « caporalisme et son côté « Madame je sais tout » au point de l’affubler du délicat sobriquet d’Homélie de Montchalin !

Il est vrai qu’Amélie est également catholique pratiquante, ce qui est évidemment parfaitement compatible avec la conception que nous nous faisons de la liberté de conscience. De surcroît, un tel affichage pourrait s’avérer électoralement porteur le jour venu, pour une Macronie désireuse de labourer en terres conservatrices.

Son lexique politique est placé sous le signe de cette spiritualité assumée, comme en atteste son discours daté du 30 juillet 2017, lors d’un rassemblement jésuite en Belgique : « j’ai répondu à un appel en janvier- pas de l’Ange Gabriel, mais d’un certain Emmanuel »…

Quoique roturière, elle est l’épouse de Guillaume de Lombard de Montchalin, issu de la meilleure aristocratie française avec qui elle a eu trois enfants. Guillaume ne s’est apparemment pas contenté d’écumer les rallyes les plus huppés du gotha mondain, il est également « partner » au Boston Consulting Group et l’un des principaux membres des équipes Consumer and Marketing, Sales § Pricing ». Les Montchalin nous offrent ainsi un bien savoureux cocktail de tradition aristocratique bien « enracinée » et de modernité trépidante et apte à cette agilité si prisée par les idéologues du néolibéralisme.

Application des règles de gestion du privé et mise en concurrence des fonctionnaires et des contractuels : la feuille de route de Madame de Montchallin ne s’arrête pas là, elle en appelle aussi à la gestion de l’état « par objectifs »et s’appuiera pour mener à bien la grande mutation managériale de l’état sur le rapport « Cap 2022 », entièrement dédié à une logique de privatisation insidieuse du service public…. Le dégel du point d’indice peut attendre, place à la performance et à cette mise en concurrence prétendument vertueuse.

Il suffit de mesurer les ravages que cette idéologie managériale a déjà causé au sein de l’hôpital public, pour mesurer les dangers du projet dogmatique que porte Madame de Montchallin.

Pour notre part, inutile de dire que nous ne sommes pas mûrs pour la conversion et que nous ne nous inclinerons pas devant les commandements d’un néolibéralisme discrédité. Et gageons que nous ne serons pas les seuls.

La messe n’est pas dite !

 

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